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Au-delà du trait d’union

Bonjour,

À la suite du message de pitpit dans la foire aux faux positifs, je me permets de rouvrir la question du trait d’union dans la locution adverbiale au-delà et dans la locution prépositionnelle au-delà de.

Le Dictionnaire de l’Académie française, dans sa version actuelle, écrit ces deux locutions avec le trait d’union (sans explication). Une recherche sur le site de l’Académie française montre que les deux graphies sont employées – nombre de textes d’académiciens (surtout des discours).
Le Grand Robert prend note de la graphie de l’Académie, mais explique, concernant le trait d’union, que « la plupart des écrivains l’omettent et l’usage reste très libre », indiquant aussi que le trait d’union est nécessaire pour le substantif. De plus, le Grand Robert, dans l’entrée delà, utilise la graphie sans trait d’union pour ces deux locutions, et ce, aussi bien dans les explications que dans les exemples.
Le Dictionnaire historique de la langue française va naturellement dans le même sens (entrée ), et précise : « L’emploi substantivé est le seul cas où le trait d’union demeure obligatoire. »
Le Dictionnaire des difficultés du français indique le caractère obligatoire pour le substantif, mais seulement recommandé pour les locutions.
Le Bon usage écrit ces locutions avec le trait d’union, mais dit également : « Il n’est pas facile d’expliquer pourquoi les locutions adverbiales ou prépositives formées avec au ou avec par ont le trait d’union, alors que celles dont le premier élément est en s’en passent » et ajoute que les usagers sont divisés.
Quant au Trésor de la langue française, il reconnaît les deux graphies. Il explique que l’Académie est passée de la graphie sans trait d’union à la graphie avec trait d’union ; il dit également qu’il n’est obligatoire que pour le substantif. Une recherche approximative dans le TLFi révèle qu’il n’y a pas une graphie nettement plus usitée que l’autre – recherches assistées avec ‘au delà &mde’, ‘au-delà &mde’, ‘au-delà &mdu’ et ‘au delà &mdu’ ; il y a bien sûr des doublons et quelques occurrences avec le substantif.

Bien à vous.
le 14 octobre 2019 à 22:54
Bonjour,

La graphie sans trait d’union est, me semble-t-il, une vieillerie, tout comme l’usage de “delà” seul. Par ailleurs, “delà” n’étant pas un substantif, je trouve bizarre qu’il suive le déterminant “au”. Ça n’a pas vraiment de sens de mon point de vue.
Même remarque avec par-delà.

Le Larousse considère la graphie avec trait d’union comme obligatoire :
www.larousse.fr…

Pour ma part, je crois bien avoir toujours vu la graphie avec trait d’union, mais il est difficile d’en jurer.
le 15 octobre 2019 à 00:07
Il est vrai que j’aurais pu ajouter le Larousse comme septième référence, cependant il ne fait que suivre l’Académie, et comme cette dernière, s’abstient de toute explication.
Vous remarquerez qu’aucune des références citées n’exclue la graphie avec trait d’union, mais que seules celles qui reconnaissent l’usage – parfois explicitement – acceptent les deux graphies.
De plus, des six références que j’ai citées, seule la dernière pourrait potentiellement être considérée comme plus tout à fait au goût du jour en matière d’usage (TLFi) ; les cinq autres sont des éditions actuelles – certes le Dictionnaire de l’Académie française est le plus normatif de tous.
Personnellement, je ne prétends pas connaître l’usage ni avancer une explication, c’est pourquoi je m’en remets à certaines des références les plus solides en matière de langue française ; je ne pense pas que Le Bon usage, le Dictionnaire des difficultés du français et le Grand Robert soient à ce point ignorant de l’usage.
J’avoue être étonné de votre réponse : il suffit de consulter le Robert en vigueur en 2019 pour voir la graphie sans trait d’union utilisée avant l’autre, et comprendre qu’il ne s’agit certainement pas d’une vieillerie.
Il en est d’ailleurs de même concernant la locution par-delà.

Je ne veux vraiment pas me lancer dans une explication que même Le Bon usage reconnaît comme difficile ; mais puisque vous dites qu’il vous semble bizarre que delà suive au, alors je vous donne l’exemple de la locution au loin. Loin est un adverbe, mais lorsqu’il suit au, il est considéré comme un substantif par plusieurs dictionnaires. Le delà que l’on connaît aujourd’hui n’est peut-être plus seulement le de-là du passé, et on pourrait très bien le considérer, lui aussi, comme un substantif lorsqu’il suit au.
Personnellement, je dois dire que je me souviens avant tout de la forme sans trait d’union – et cela doit aussi être le cas de pitpit –, et que j’ai plusieurs fois recherché une explication qui me convaincrait de la supériorité de l’autre graphie, mais en vain.
Je ne veux pas lancer un débat grammatical ; ces références sont, selon moi, des plus claires.
le 15 octobre 2019 à 03:45
Bonjour,

Je ne sais pas pourquoi mais ma phrase me gênait avec un trait d'union. J'ai donc été rechercher la bonne écriture

J'avais compris, en lisant en diagonale ce lien :
mamiehiou.over-blog.com…

Que "l'au-delà" prenait un trait d'union et que "Au delà de qqch" n'en prenait pas. C'était simple comme règle ça me convenait bien.

C'est visiblement plus compliqué. Je m'en remets à Olivier pour mettre un point final à cette discussion.

Pierre
le 15 octobre 2019 à 08:35
Je n’ai, je crois, jamais entendu “delà” utilisé comme adverbe. Ça, c’est réellement une vieillerie. Et même en littérature, je ne l’ai pas vu souvent, je pense. La comparaison avec “au loin” est donc peu pertinente à mon sens. Même l’usage de “delà” seul comme préposition est rare, même si c’est plus fréquent.

À présent “delà” ne sert plus vraiment que pour la locution prépositive “au-delà de” et pour le nom commun.

Les raisons pour lesquelles je privilégie “au-delà” avec trait d’union sont :
1. La cohérence avec les autres locutions du même genre : au-devant, au-dessous, au-dessus, au-dedans, au-dehors… par-dessus, par-derrière… Je ne vois pas pourquoi faire une exception pour “au-delà” et “par-delà”.
2. Il me semble que dans la littérature d’aujourd’hui le trait d’union est toujours mis.

Vérification faite, le Bon Usage (15ᵉ édition) mentionne bien “au-delà de” comme locution prépositive (1037 et 1073). Il précise que l’apparition du trait d’union par l’Académie date de 1932, ça concerne les locutions commençant par “au” et par “par”. Les éditeurs ont suivi cet usage au cours des rééditions de leurs livres.
Le Bon Usage dit : “le trait d’union l’a emporté dans l’usage, malgré les hésitations qu’on observe encore.” Le BU précise encore que le Robert fait usage de sources datées et n’est pas cohérent.

Bref, navré, mais non, je suis favorable à la normalisation, surtout pour une réforme aussi ancienne, surtout si l’usage a suivi.
le 15 octobre 2019 à 09:31
Delà est tantôt une préposition, tantôt un adverbe, ce sont les dictionnaires qui le disent. Je ne saisis donc pas ce qui est une vieillerie à vos yeux ; et son emploi seul n’a jamais été mon sujet.
Comme je l’ai déjà dit dans mon message précédent, je ne voulais pas me lancer dans une explication, mais j’ai tout de même tenté une explication, étant donné que pour vous c’est bizarre.
Mais en fait, je n’ai rien à expliquer et je ne le peux pas, c’est bien pour cela que j’ai utilisé six ouvrages de référence ; mais vous m’avez tout de suite répondu que c’était bizarre et que cela n’avait pas vraiment de sens de votre point de vue. Je ne comprends aussi pas pourquoi vous m’avez parlé du Larousse, car j’ai commencé avec l’Académie, qui est très probablement à l’origine de ce non-choix.
Ma comparaison avec la locution au loin, où loin est considéré comme un substantif (cf. le Robert), n’était que pour vous faire considérer la chose autrement, comme si delà était un substantif dans au delà.
Il n’y a pas que la locution prépositive et le substantif : par-delà est toujours usité et la locution adverbiale au-delà encore plus ; vous avez une drôle de vision de l’usage.

Vous n’avez pas à vous justifier sur le fait que vous privilégiez la graphie avec le trait d’union, je comprends tout à fait, et cela ne me dérange pas plus que cela. Par contre, privilégier une graphie ne doit pas obligatoirement signifier que l’on déclare l’autre incorrecte.
Je connais votre souci de cohérence, cependant, il n’est à mon avis pas de votre ressort de fermer les yeux sur les références et l’usage ; concernant l’exception – si vous la voyez ainsi –, elle est déjà consacrée, vous n’avez pas besoin de la faire.
Quant à la littérature d’aujourd’hui, il est bien difficile sans des outils particuliers d’émettre un avis.
Ce que font les maisons d’édition avec les nouveaux textes et les rééditions n’est qu’une partie de l’usage ; à mon avis, les corrections automatiques des logiciels influencent grandement ce qui est imprimé aujourd’hui. Si ce qu’elles éditent fait force de loi, c’est bien votre choix. Vous ne considérez visiblement pas les ouvrages de références que j’ai cité comme des « promoteurs de la littérature ».

J’ai utilisé la 16e édition du Bon usage, voici ce qu’il dit au §1073 : « Depuis la 8e éd. (1932-1935), l’Acad. met un trait d’union après au- et par- (mais non après en), usage généralement suivi par les autres dict. (sauf pour par-devers, cf. §1036) et par l’usage. »
Vous interpréterez le généralement comme vous voudrez…
Voici la suite de ce que j’ai cité dans mon premier message (§109) : « Telle est la façon de faire de l’Ac. (1932 et 2001). Mais le Robert donne du trait d’union une présentation moins cohérente, et les usagers sont eux aussi divisés. Cf. §1073, a. »
Le Bon usage a certes toujours été assez permissif, mais il reconnaît l’usage (édition de 2016) et laisse clairement entendre que c’est l’Académie qui a donné le ton ; dans cette édition, il me semble moins catégorique.
« Les éditeurs ont suivi cet usage au cours des rééditions de leurs livres. » : qui le dit ?
Je pourrais vous demander pourquoi vous voulez ignorer un usage, certes peut-être minoritaire – majoritaire autrefois –, mais vous avez déjà répondu en disant que vous êtes favorable à la normalisation. Cependant, dans ce cas, vous forcez l’usage des utilisateurs de Grammalecte dans une certaine mesure.

Vous êtes seul maître à bord, vous avez le droit de vous lancer dans une campagne de normalisation – le logiciel Antidote corrige de la même façon au delà.
Gardez à l’esprit cependant que c’est bien votre réponse « Non, il faut bien un trait d’union », dans la foire aux faux positifs qui m’a fait réagir, car contrairement à ce que vous dites, les choses ne sont pas si simples et l’usage n’a pas suivi dans son entièreté – je vous promets que je ne suis pas un emmerdeur et que j’ai toujours écrit au delà.
Je ne m’étais pas attendu à entendre un tel discours pour ce simple trait d’union ; l’usage n’a plus le même sens s’il est forcé et que le choix est condamné : je ne suis pas un adepte du centralisme.
le 15 octobre 2019 à 13:42
L’Académie recommande la soudure. Le Larousse a suivi. Les éditeurs ont globalement suivi.
Le Bon Usage explique que les graphies avec traits d’union l’ont emporté dans l’usage.
D’autres références ne sont pas d’accord. Soit. Je l’entends, mais à mes yeux ça ne pèse pas lourd. Pour une “réforme” datant de 1932, il me semble qu’on peut se permettre de normaliser sans choquer outre mesure, surtout quand l’usage a suivi la recommandation de l’Académie.

« Les éditeurs ont suivi cet usage au cours des rééditions de leurs livres. » : qui le dit ?


Le Bon Usage (15ᵉ édition) : « L’Acad. a introduit en 1932 dans son dict. ce signe typographique [le trait d’union] quand le premier élément était au ou par. Les imprimeurs l’ont adopté de façon plus systématique qu’avant, notamment dans des rééditions de livres qui ne l’appliquaient pas à l’origine. […] Il prédomine dans la plupart des livres publiés après 1940 […] On peut donc dire que le trait d’union l’a emporté dans l’usage… »

Voilà effectivement pourquoi Grammalecte propose la correction. C’est tout simplement la norme d’aujourd’hui. En tout cas, c’est ce qu’il m’avait semblé en lisant, mais je vais essayer d’y faire plus attention à l’avenir.

c’est bien votre réponse « Non, il faut bien un trait d’union », dans la foire aux faux positifs qui m’a fait réagir


OK, noté. La foire aux faux positifs n’est pas vraiment un espace de discussion. Et j’ignorais qu’il y avait encore un doute concernant la normalisation de cet usage.
le 15 octobre 2019 à 14:22
Je vous remercie pour cette citation de la 15e édition, il est intéressant de voir les différences entre les éditions – je n’ai pas trouvé ce détail sur les imprimeurs dans la 14e et la 16e édition.
Encore une fois, la dernière édition semble moins catégorique, mais même si l’on considère que cette graphie l’a emporté, elle n’a pas rendu pour autant l’autre graphie désuète. Bien entendu, dans un souci de normalisation, on prend le vainqueur – du moment – ; et c’est bien cet argument de votre part que j’accepte, même si je suis contre ce genre de normalisation.
Concernant l’usage, nous ne sommes pas d’accord ; pour la qualité de norme, non plus, mais je comprends bien la volonté de norme.
Concernant la date de cette décision de l’Académie (1932), je pourrais aussi retourner l’argument et arguer que si après 87 ans, l’autre graphie n’est pas encore morte, c’est qu’il y a peut-être des leçons à en tirer.
Je viens de faire une recherche sur un texte que je suis en train d’écrire : j’ai 7 occurrences de au-delà de et une seule de au delà de. La raison est simple : le soulignage rouge me dérange ; et je pense que beaucoup de gens réagissent de la même façon. C’est bien une manière d’influencer l’usage, cela dit, j’avais de toute façon prévu d’y revenir, mais sur le moment, on ne veut pas de rouge.
Aussi, la correction automatique – c’est dans ce cas plus qu’une proposition ! – n’est pas très agréable pour les usagers qui privilégient l’autre graphie. À ce propos, y a-t-il une solution qui me permettrait de faire accepter cette graphie sur mon installation ou d’avoir la fonction ignorer qui demeure effective après fermeture du logiciel, et également empêcher la correction automatique pour ce cas particulier ?

Pour en finir, je vais revenir sur la question de l’usage, une simple réflexion…
Le Grand Robert et le DHLF privilégient la graphie sans trait d’union, je ne sais pas ce qu’il en est des autres Robert, mais je suppose qu’il en ait de même.
Cependant, que le Robert ait tort ou non, que cela soit un archaïsme capricieux ou non, une chose est sûre : beaucoup de gens utilisent ces dictionnaires ; j’ai ainsi beaucoup de mal à croire que cette graphie ne se retrouve pas dans une proportion non négligeable de l’usage général.
Je me demande d’ailleurs ce qu’il en est des manuels scolaires de cette maison d’édition et de son logiciel de correction, et de leurs conséquences dans l’usage.
J’ajouterais que les auteurs ont probablement d’autres choses à discuter avec leur éditeur que la présence ou non de ce trait d’union ; c’est bien le désir d’homogénéité et le pouvoir d’homogénéisation des maisons d’édition qui agissent. Les éditeurs sont un des rouages de la normalisation, mais c’est justement pour cela qu’il est peut-être un écueil que de vouloir sentir l’usage en se fondant sur ses lectures – lorsque proposées par ces maisons.
Cette verticalité de l’usage a déjà eu par le passé des effets que d’aucuns essaient encore de combattre aujourd’hui ; les promoteurs de la littérature ne sont certainement pas tout le temps allés dans le bon sens – chacun a ses affinités et donc son bon sens sur cette question. En outre, je ne pense pas que ces promoteurs aient toujours brillé par leur cohérence.
Personnellement, je ne connais pas le véritable usage, parce que pour moi l’usage va bien au delà de quelques maisons parisiennes, et il est pour une grande part caché dans le quotidien.

Je tiens tout de même à vous remercier de m’avoir répondu et à dire que quelques lignes rouges ne vont pas m’empêcher d’apprécier Grammalecte.
le 16 octobre 2019 à 11:13

Concernant la date de cette décision de l’Académie (1932), je pourrais aussi retourner l’argument et arguer que si après 87 ans, l’autre graphie n’est pas encore morte, c’est qu’il y a peut-être des leçons à en tirer.


La leçon, c’est qu’il y a encore plus conservateur que l’Académie… ;·)

La normalisation, c’est tout de même ce qui est attendu de la part d’un correcteur (ce n’est pas la première ni la dernière fois que je tranche dans les possibles). L’autre grosse référence qui propose le trait d’union, comme vous l’avez fait remarquer, c’est Antidote.

Les utilisateurs ne cherchent pas très loin pour juger un correcteur. En général, ça se résume à : « Le logiciel Lambda ne détecte pas l’erreur XYZ. Nul. Rien ne vaut apprendre la grammaire. » C’est un raisonnement assez simpliste, mais c’est le raisonnement courant. Si Grammalecte ne proposait pas ce trait d’union, on me le reprocherait.

y a-t-il une solution qui me permettrait de faire accepter cette graphie sur mon installation ou d’avoir la fonction ignorer qui demeure effective après fermeture du logiciel, et également empêcher la correction automatique pour ce cas particulier ?


Oui, c’est possible, mais il faudrait des milliers d’options, une pour chaque règle, et même comme ça, ce serait compliqué, car beaucoup de règles sont en fait fusionnées en une seule, quand c’est possible, ou bien sont décomposées en plusieurs règles parce que c’est trop compliqué à gérer en une seule.
le 16 octobre 2019 à 16:12

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